Rencontre avec le réalisateur Hugo Rousselin

Hugo Rousselin

A l’occasion de sa dernière intervention à Saint-Jean du Maroni, dans le cadre du dispositif Passeurs d’images, nous avons rencontré Hugo Rousselin qui encadre depuis de nombreuses années des ateliers d’éducation aux images.

 

Si ma mémoire est bonne, avant de te « lancer tout seul » tu as tout d’abord travaillé dans de grosses productions cinématographiques et puis tu as décidé de passer à autre chose… Pourquoi ? Comment ?

Je travaillais comme assistant réalisateur. Métier intéressant, qui m’a appris beaucoup de choses mais qui dans le fond n’était pas ma vocation. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires, d’être auteur puis réalisateur. La transition ne fut pas sans certaines difficultés car on passe d’un travail constant, je travaillais alors avec une équipe qui tournait beaucoup, à une petite traversée sans rien. Mais l’intérêt de sauter le pas, c’est de pouvoir générer ses propres projets, puis de les mettre en œuvre. J’ai donc proposé des films à des sociétés de productions. Elles ont décidé de me suivre et progressivement, j’ai commencé à tourner mes propres projets. 

 

La première fois que je t’ai rencontré, c’était en 2018, tu intervenais sur des ateliers dans l’association AVM tout en réalisant des films plus « personnels », qui rencontrent tous un certain succès. Tous portent un regard sur les populations autochtones des outre-mer. Transmission, regards, interrogations qu’elles sont tes intentions, les messages que tu as envie de faire passer ? 

Cela fait plusieurs années que je travaille avec les territoires ultra-marin : Guyane, Antilles, Réunion, car je pense que l’histoire de ces pays est source de compréhension de certains maux de nos sociétés, pour ne donner qu’un exemple : le racisme, créé tel que nous le connaissons, pour justifier la traite négrière. Mais ces pays portent aussi en eux la solution, inventée de manière imprédictible et féconde, la créolisation, le métissage. 

Travailler sur ces territoires me permet aussi de mettre en pratique un réalisme merveilleux, un des mouvements fondamentaux de littérature sud-américaine. Un des traits frappant des Caraïbes et de la Guyane c’est de voir un réel parfois teinté de merveilleux. Ce mouvement littéraire essaya de reproduire cette impression. C’est cela que je j’essaye de transposer au cinéma avec les petites touches de fantastique, issus de la mythologie de ces régions que j’insère dans ces films. 

 

Qu’est-ce que t’apporte, et de façon plus large quel est l’échange finalement qui s’opère au cours des ateliers menés avec les enfants dans le cadre des interventions scolaires ou périscolaires initiées par le Pôle image Maroni ?

Les jeunes avec qui je travaille sont généreux dans la manière de me transmettre leur culture. Souvent les thématiques qu’ils choisissent pour leurs films sont empreintes de magico-religieux… faire des films avec eux, c’est entrer en connaissance de parts très intimes de leur culture. Faire des ateliers c’est un échange à double sens, je suis ignorant de la majeure partie de ce qu’ils sont et ils ne connaissent pas le métier du cinéma, alors chacun essaye d’aller vers l’autre dans un but commun, celui de faire un film qui les touche dans la forme comme dans le fond. 

2021, a été une bien jolie année avec encore une fois de beaux succès autour de Tétèche, Cirq’Amazonia, une immersion en Guyane… Où cela t’emmène-t’il dans ton esprit et qu’est-ce que cela présage pour l’avenir ? 

J’aime la Guyane et travailler sur des sujets qui proviennent de son territoire me semble important. J’ai actuellement un documentaire de 52’ en développement avec Guyane la Première sur l’histoire de la forêt Amazonienne dans cette partie du territoire ancestral des Tekos qu’est la rivière Camopi. C’est un documentaire qui se veut aussi un outil pour les Tekos, je travaille donc avec eux pour que ce film leur serve de mémoire transmissible aux jeunes générations. Je souhaite aussi de nouveau développer de la fiction, mais dans l’Ouest, sur la commune de Saint-Laurent du Maroni. Un film portrait de cette jeunesse avec qui je travaille dans mes quotidiens Saint-Laurentais.

Propos recueillis par Marianne Doullay

2022-04-14T04:54:05-03:00